Voler à deux en bivouac, manger et dormir, gestion du mental, perception des risques, de l’engagement et partage des objectifs. Retour d’expérience sur cette aventure au dessus des glaciers suisses.

Eléments de préparation d’un vol bivouac

Résumé de l’aventure

10 jours de vol bivouac programmés depuis 1 an! Départ de Chamonix pour se déplacer vers l’Est des Alpes, faire de beaux vols et bivouacs en montagne à deux.

D’entrée on en prend plein la vue grâce aux plafonds généreux. Face Est du Mont Blanc puis direction le Valais et posé en altitude avant l’orage. Le lendemain un vol spectaculaire nous fait passer au pied de la Dent Blanche et basculer dans la vallée de Zermatt, face au Cervin. Mais voilà, on se sent déjà usés. Au soir du 2e vol, l’abandon n’est pas loin. Il attendra encore un vol.

jeu en vol sur la partie est du mont blanc

Voler dans les grosses montagnes, en terrain inconnu et dans des contextes de fin de journée orageuse peut user. La réalité est que la jauge n’était pas pleine avant le départ. Saison intense sans pause, enchaînement de compétitions, accidents personnels ou de pairs qui marquent. Sans trop reconsidérer le contexte réel, on se lance comme si tout collait à ce qu’on avait projeté il y a un an.

Heureusement on s’en rend compte assez vite. La connexion que l’on a avec Jon nous permet de se tourner vers l’autre plutôt que de se laisser diriger par un ego qui peut nous emmener vers le “toujours plus”. S’ensuit une navigation intense sur le flot de nos émotions, perceptions et motivations : un beau voyage entre copains, centré sur l’essentiel ! Le plaisir en l’air vient beaucoup de la façon intuitive que nous avons de voler ensemble, avec facilité. Nous décidons cependant de ne plus accepter les moments difficiles qui entrecoupent ceux de pur bonheur en l’air dans ce rollercoaster des émotions offert par le parapente.

De l’exploration aussi bien géographique qu’humaine et du partage, voilà ce qui me motive dans le parapente.

Parapente cross au dessus des glaciers suisses devant la dent blanche et le matterhorn

Quand l’un perçois à travers le comportement et la gestuelle de la prépa au décollage qu’il y a un truc qui cloche chez le copain, le questionne pour lui en faire prendre conscience, lui laisse l’espace d’un refus de vol en ne décollant pas avant lui et que l’autre se sent à l’aise de dire qu’il n’est plus motivé malgré tout ce qui a été mis en place pour le projet et les belles conditions qui sont devant nous, je crois qu’on tient une amitié sincère.

Stratégie de vol

Les traces des vols :

Jour 1, Jour 2, Jour 3.

en vol cross dans la vallée de zermatt devant le mont rose

Voler à deux en terrain inconnu

N’étant pas certains de pouvoir bien communiquer en l’air sans radio, nous devions nous assurer d’avoir une stratégie bien claire pour rester groupés et prendre des décisions ensemble.

Moi qui pensais que ce serait le point critique du trip, finalement ça s’est fait avec une grande aisance en respectant ces quelques points :

  • Le pilote le plus haut se replace toujours au dessus du plus bas en thermique.
  • On ne prend pas un thermique d’avance.
  • On attend de pouvoir faire un ou deux tours de thermique ensemble avant de partir en transition. Le temps d’échanger un regard ou un mot.
  • Raccroche au même endroit en fin de transition.

Evidemment, le fait qu’on se connaisse bien nous aide à interpréter nos actions et à amener de la fluidité. Voler constamment côte à côte sur toute cette distance m’a procuré énormément de plaisir pendant cette aventure. Pouvoir partager ce qu’on découvre pendant ces vols était une de mes motivations principale pour partir en vol bivouac, j’ai été comblé !

en vol cross dans la vallée du rhin

Choix du bivouac

Vivre de beaux bivouacs en montagne était l’autre motivation commune du voyage.
Nous comptions sur le fait de se reposer chaque fin de vol en altitude car la chaleur et la fatigue ne nous donnaient absolument pas envie de marcher ! 
C’est là que ça a été moins évident… Il n’y a que le premier soir où nous avons posé en altitude.

Nous n’avions pas prédéfinis en avance les zones de bivouac où nous imaginions dormir. C’est un choix qui est souvent fait en vol bivouac pour se laisser le maximum de libertés.

Malgré le fait que nous ayons chacun exprimés que nous nous contenterions de petits temps de vol, une fois en l’air les choses étaient un peu différentes. 
Pour ma part, je me laisse facilement influencer par le « potentiel » de la journée. Même si j’ai déjà vu des choses formidables au cours du vol (40 km de navigation autour de 4000m d’altitude au dessus des glaciers et au pied de la Dent Blanche, du Weisshorn et du Cervin par exemple) pourquoi est-ce que je m’arrêterai là alors que le ciel invite à poursuivre et qu’il n’est que 14h ? L’envie de pousser plus loin, la projection sur un bon placement pour le vol du lendemain, la projection sur un idéal géographique à atteindre au bout de X jours, la comparaison avec les vols cross qui peuvent être fait dans la même journée (un vol bivouac n’est pas un empilement de journées de cross, la fatigue induite par la vie en montagne donne une autre dimension), etc. Tous ces biais détournent mon attention de mon état de fatigue. 
Quand elle revient au premier plan c’est qu’elle atteint un niveau qui n’est plus tolérable. 

L’espace mental disponible n’est donc plus suffisant pour chercher un spot de bivouac,. La concentration et les compétences de pilotage ne sont plus au niveau pour gérer en sécurité une repose en montagne sur un terrain chaotique et dans une aérologie forte (contexte orageux des fin de journée).
Le manque de lucidité peut faire omettre de repérer des obstacles, des pièges, d’objectiver les conditions topographiques et aérologiques et donc mener à prendre un risque inconsciemment.

C’est ce que nous avons vécu le deuxième jour et qui nous a fait poser en fond de vallée du Rhône.
Et le premier soir, nous avons bataillé pour poser sur un plateau, sous le vent d’un col et duquel partaient de gros déclenchements thermiques. Nous n’avions plus l’envie d’aller chercher ailleurs…

Dans certains contextes, il peut être intéressant de prédéfinir plusieurs objectifs de bivouac avant de décoller. Les définir en fonction des conditions du jours et de la fatigue ressentie avant le vol.
Je pense que cela peut facilité la prise de décision. A chaque point de bivouac survolé, on sait exactement pour combien de distance on s’engage si on veut poursuivre jusqu’au suivant.
Si la fatigue se fait ressentir de façon soudaine, le travail de recherche du bivouac est prémaché.
Le travail de repérage sur carte a aussi pu permettre de mettre en avant des point de vigilance ou de choisir de façon objective un endroit potentiellement sain pour poser.

Si on ne veut pas faire de repérage, une autre option pourrait être de se fixer une barrière objective (heure ou kilomètres) avant de se mettre en recherche d’un bivouac afin d’écarter les biais précédemment cités.

 

coucher de soleil au moment d'aller bivouaquer en suisse

Risques et engagement

Tomber d’accord sur le sens de ces deux mots, en parler sans se juger et en mettant de côté son ego est essentiel pour bien vivre cette aventure à deux (ou plus) et nécessite une pleine confiance dans ses partenaires.

Le risque peut être défini comme la combinaison de la probabilité d’un incident par la conséquence de cet incident.
(Vidéo intéressante sur la manière de se questionner vis à vis du risque)

L’engagement est l’exposition volontaire à un risque dont on a conscience. Notre préparation et l’anticipation de ce qui nous attend peut réduire le risque que l’on prend en s’engageant dans la situation.

L’accoutumance (à un type de terrain, à certaines aérologies…) réduit notre niveau de vigilance.
En se familiarisant à une situation, avec l’expérience notamment, il est possible qu’on ne se pose plus vraiment la question des conséquences d’un incident. S’habituer à une situation ne signifie pas qu’on a fait le travail nécessaire pour acquérir les compétences permettant d’y être en maîtrise. Le risque est dévalué par banalisation du contexte et non par augmentation de nos savoir-faire. On finit par s’exposer de manière non consciente. On devient passifs et on est donc moins dans l’anticipation de ce qui peut se passer.

 

les montagnes de la couronne royale de zinal

Avec ces définitions, on remarque vite que voler en haute montagne augmente très rapidement le niveau de risque. Un posé sur glacier ou dans du terrain hostile (sous voile ou secours) n’a pas les même conséquences qu’une situation identique en fond de vallée ou dans des alpages. D’autant plus si, non équipé de système satellite, on est hors réseau. Il en est de même pour le vol proche du relief ou de nombreuses autres situations.
Pour un même niveau de risque, on tolère donc une plus petite probabilité d’incident. Dis autrement, on n’accepte moins de turbulences. Ou encore, on n’accepte moins l’inconnu qui ne nous permet pas d’anticiper l’aérologie et les compétences à mobiliser.

Au jour 2, Nous avions la combinaison de la haute montagne et du terrain totalement inconnu dans lequel nous avons décidé de nous engager. A cela s’ajoutait une aérologie forte et le fait qu’il n’y ait pas un.e pilote en l’air dans tous le Valais nous privait d’informations.
Cet engagement demande un niveau de concentration important, énergivore. De plus il était maintenu sur une longue durée. On comprend que la jauge d’énergie, peu remplie dès le décollage, aie pu être rapidement vidée.

Mon appréhension de ce passage était bien moins importante que celle de  Jon. Est-ce que j’étais dans une sous évaluation du risque par habitude du terrain et motivé par l’envie d’explorer ? (Donc exposé de façon non consciente)
Ou bien, est ce que j’estimais la probabilité d’incident comme très faible en mettant en relation l’aérologie avec mes compétences tandis que Jon se faisait envahir par un stress trop important à cause d’un passif particulier ou d’une surstimulation de cet environnement hostile ?
Pas de réponse noire ou blanche mais des questions essentielles à se poser pour comprendre nos schémas de pensée et progresser vers une pratique du parapente en pleine conscience. Le débriefing en fin de vol est un beau moment de partage et peut être très riche s’il est bien mené ! Voler à deux permet de croiser les perceptions. L’échange permet de faire rejaillir à la surface des mécanismes qui sont cachés en nous et nous aide donc à en prendre conscience, ce qui est le premier pas vers le changement.

 

en vol en parapente nous arrivons proche du spot de bivouac vers zinal

Si l’on veut intégrer ces notions dans la préparation du vol bivouac, on peut garder en tête que la distance et le temps ne sont pas les seuls paramètres qui permettent de quantifier notre autonomie énergétique. Pour être plus juste on peut utiliser un coefficient multiplicateur lié à l’engagement sur les portions identifiées. 
La perception de l’engagement n’étant pas universelle, il convient de prendre, pour chaque situation, l’avis du ou de la pilote qui est la plus affectée afin qu’il ne subisse pas une pression extérieur qui viendrait desservir sa sécurité. Un bel exercice d’écoute et de bienveillance pour libérer l’expression des partenaires!

La distance ou le temps de vol que l’on planifie en fonction de notre fatigue vont donc être réduits en fonction du terrain et des conditions aérologiques rencontrées. Le plaisir et la motivation, qui sont directement liés à nos réserves énergétiques seront donc préservés !

en vol cross dans la vallée du rhin

Préparation du matériel

Je présente quelques évolutions sur le matériel emporté par rapport à ce que j’avais partagé dans ce premier article sur le vol bivouac (que je trouve déjà bien vieux par rapport à ma pratique…) et ce deuxième post sur la nourriture en vol bivouac.

 

Le choix du confort

En visant une aventure plus longue, je me suis dit que plus de confort permettrait de mieux dormir et donc d’être plus en forme chaque jour. Je voulais aussi un abri qui puisse me protéger plus en cas de pluie ou orages prolongés.
J’ai fait le choix d’emporter une tente Durston X-Mid 2. Une tente que l’on monte avec des bâtons, très légère (moins que la version dyneema), ne nécessite que 4 sardines, taille 2 personnes pour avoir de la place pour les affaires, hauteur sous plafond la plus importante du marché.

Pour le matelas gonflable, j’ai troqué mon Thermarest estival pour le Simond hivernal afin de profiter d’une plus grande épaisseur, largeur et longueur.

Pour compenser ce surpoids, je n’ai pas emmené de duvet. J’ai expérimenté la couverture avec la voile. Ça fonctionne super bien ! Le Dominico de la Zéolite 2 (qui ne craque pas comme le Porcher) a presque un côté soyeux et fait peu de bruit dans la nuit. Il ne faut pas hésiter à se déshabiller pour ne pas transpirer dessous…

La F*Race 2 fait un excellent oreiller grâce à sa protection gonflable.

installation des tentes au bivouac avec une durston et une zpack

A droite, la tente Durston. A gauche, une tente Zpack en dyneema beaucoup plus chère et bien moins spacieuse pour gagner du poids.

dormir dans la tente durston avec sa voile comme couverture et la sellette en oreiller

Avant d’avoir pensé à utiliser la sellette en oreiller…

liste du matériel pour un vol bivouac de 10 jours

Liste du matériel emmené pour lui vol bivouac de 10 jours

Matériel de sécurité en vol bivouac

Trousse de secours emmenée en vol bivouac et détail du kit de réparation. (faire défiler)

Pour le suivi, nous nous sommes mis tous les deux sur Xcontest Live couplé à VLSafe. Nous aurions pu aller plus loin avec un compte PureTrack.
Nos varios XCTracer sont équipés du FANET et du FLARM.

Communication en l’air

Nous avons décidé de mettre de côté la radio pour des raisons de poids et de gestion de la batterie.

Une paire d’écouteur extra auriculaires à fait l’affaire. On pensait utiliser zello, mais finalement un appel sur WhatsApp deux à trois fois par vol était bien suffisant et fonctionnait super bien. Le reste du temps, voler proche nous permettait d’échanger deux ou trois mots. Le reste de la communication était non verbale 😉

Gestion de l’énergie

C’est ma petite erreur logistique du trip. Je ne voulais pas m’embêter à voler avec le panneau solaire. Je pensais que ça chargerait bien assez le matin ou le soir au sol.. mais non ! Il n’y a pas meilleur rendement que de charger en l’air. Mes 20 000 mah a fini pas loin d’être à plat au bout de 4 jours. (charge téléphone et appareil photo essentiellement).

Nourriture

Pas de changement majeur dans les recettes de bivouac (toujours pas fan des repas lyophilisés). Les dosages ont un peu évoluer. 
Je remets ceux que j’ai utilisés. Il y en avait presque un peu trop à chaque repas.

la nourriture en vol bivouac
repas au bivouac

Découvrez les stages vol bivouac et les stages vol rando. Pour tous niveaux, du plouf au cross !

coucher de soleil sur le bivouac qui a été atteint en parapente. Le tarp protège contre le vent qui descend de la montagne. Panorama de montagne de rêve pour ce vol bivouac en parapente
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