Une belle manière d’accéder au sommet du Mont Blanc dans la journée quand toutes les conditions sont réunies. Récit et vidéo de ce combo mélangeant ski, alpinisme et deux vols en parapente dont un depuis le toit de l’Europe.

RESUME :

Accès : Chamonix, téléphérique de l’Aiguille du Midi
Atterrissage : Atterrissage de St Gervais, Sallanches ou Chamonix suivant la direction prise en vol
Décollage : N à l’aiguille du Midi
Intérêt : Deux vols dans la même sortie ! Un itinéraire avec moins de monde que la voie normale et en horaire décalé

Premières tentatives

L’an dernier, j’ai buté deux fois en voulant décoller du sommet du Mont-Blanc en parapente. La première fois, avec Arthur, nous avons pris le mauvais temps au sommet du Dôme du Goûter après avoir effectué la traversée de l’arête de Bionnassay. La deuxième fois, nous étions un petit groupe à être parti à pied depuis la dernière gare du TMB pour rejoindre le sommet du Mont-Blanc en début d’après-midi. Le vent, trop fort pour nous, nous a obligé à redescendre à pied jusqu’aux Houches.

Début du mauvais temps sur l’arête de Bionassay… Et dire que nous avions les parapentes dans le sac!

Il fallait donc conjurer le mauvais sort cette année et concrétiser ce rêve de voler depuis le sommet du Mont-Blanc.

Conditions optimum en vue

Samedi 1er juin , les prévisions pour demain semblent optimales : vent de nord faible. Mais je suis encore au fond de la vallée… Je n’ai pas anticipé l’affaire.

Hier deux copains sont descendus au refuge des Grands Mulets pour y passer la nuit afin d’ atteindre le sommet du Mont-Blanc aujourd’hui. Oui, descendus au refuge, car ils sont partis de l’Aiguille du Midi en parapente et l’ont atteint par gravité. Une approche économique! D’ailleurs Guillaume a fait de même aujourd’hui pour aller manger son omelette au refuge. Il est ensuite allé faire sa marche digestive au Mon- Blanc.

Tous sont redescendus à ski jusqu’au refuge avant de s’envoler vers la vallée. Un joli combo qui me donne envie !

Je passe donc un coup de téléphone pour connaître les conditions : l’arête nord du dôme est toute en neige. C’est parfait! Quand j’étais passé par là pour la première fois l’an dernier, avec Bastien, il y avait de nombreuses portions de glace vive. Nous avions dû utiliser des broches à glace pour assurer notre progression. Il ne serait pas envisageable pour moi de refaire cette itinéraire seul dans ces mêmes conditions.

On dirait que les étoiles se sont alignées, il ne me reste plus qu’à préparer mes affaires.

Combo parapente et ski au Mont-Blanc

Départ de l’Aiguille du Midi

Dimanche 2 Juin, je suis à l’heure pour monter dans la première benne qui monte à l’Aiguille du Midi. Je croise deux autres parapentistes qui vont aussi tenter l’aventure aujourd’hui mais en passant par la voie des trois Monts.

Arrivé au sommet de l’Aiguille, je descends rapidement l’arête, excité et impatient de démarrer ce voyage. Je m’arrête au niveau de la sortie du couloir Mallory. Il n’y a pas de vent, c’est parfait. Il ne me faut que quelques minutes pour me préparer. Alors je chausse mes skis et me laisse glisser dans la face Nord. Mais je laisse la suite de cette descente aux experts de la pente raide. Ma voile m’arrache de cette glissade dans le vide pour me porter dans les airs.

Vol et ski au mont blanc avec descente en parapente du sommet. Décollage de l'aiguille du midi dans la face nord

Skier le Mallory, ça ne sera pas pour cette fois… Ma voile m’empêche de me faire aspirer par le vide de la face Nord.

Accès aux Grand Mulets

La suite est un vol contemplatif de six minutes. Je suis haut au-dessus du glacier des Bossons mais je me sens écrasé par les imposantes faces Nord du Tacul et du Maudit. Confortablement installé dans mon fauteuil flottant, je peux observer le parcours qui m’attend. L’arête Nord du dôme du goûter est en face de moi, elle mène à l’arête des bosses qui conduit ensuite au sommet du Mont Blanc. Celui-ci semble bien loin. Je profite déjà d’un paysage extraordinaire sans avoir eu besoin de forcer.

Je survole la crête sur laquelle se trouve le refuge des Grands Mulets. Il est temps de choisir un endroit pour atterrir. Je souhaitais aller le plus loin possible, au pied de l’arête Nord du Dôme. Mais seule la trace de montée passe dans cette zone qui semble assez crevassée. Je fais donc demi-tour et décide de me poser sous le pic Wilson. Cet endroit est parcouru par de nombreuses traces de descente à ski. Encore à l’ombre, la neige devrait être bien dure. Le pic protège des éventuelles chutes de séracs qui peuvent provenir du petit plateau ou du Dôme du Goûter tandis que la zone premièrement convoitée y était exposée.

Réveil en douceur. Je flotte au soleil dans un air très calme et prend conscience de l’itinéraire qui m’attend.

Arête Nord du Dôme du Goûter

Je plie rapidement ma voile, colle mes peaux de phoque sous les skis et je suis prêt à fournir l’effort de la journée. Je commence tranquillement, le temps de trouver mon rythme. La trace est très bonne et me permet de gagner rapidement le pied de l’arête à proprement parler. Crampons aux pieds et skis sur le sac (les piolets y sont restés aussi) j’entame l’ascension de cet immense escalier de neige. Dans ces conditions idéales, la montée est efficace. Assez vite je rechausse les skis pour finir la montée au Dôme du Goûter.
Arrivé au col je croise les premières personnes de la journée.
Il commence à faire chaud mais je suis en forme. C’est un des avantages de partir seul et de suivre son propre rythme. Il suffit de démarrer trop fort pour soi ou de suivre une cadence qui n’est pas la sienne pour que l’ascension devienne très pénible.

Vol et ski au mont blanc avec descente en parapente du sommet. Ascension de l'arête nord du dôme du goûter

L’escalier géant de l’arête N du Dôme du Goûter.

Précipitation au sommet du Mont-Blanc

Au refuge Vallot, les skis sont de retour sur le sac. Le parcours de l’arête des bosses est toujours aussi esthétique. Durant cette ascension finale, mon esprit est focalisé sur les rafales de vent qui viennent fouetter mon visage. Une fois à gauche, une fois à droite et de temps en temps assez fortes. La météo n’a pas pu se tromper ! Alors je cherche des explications aérologiques à ces phénomènes afin de me tranquilliser. Il doit y avoir un effet venturi ici ou là. Les interrogations fusent dans ma tête… Mais au moins je ne vois pas passer la montée.

En arrivant au sommet, mon premier réflexe est de m’arrêter pour sentir le vent et comprendre d’où il vient. Mais il n’en a tout simplement pas ! Soulagement intense. Sans scrupules, je balaye toutes ces questions qui m’ont tenu en haleine jusque-là sans leur trouver de réponse tangible. Le seul fait qu’il soit possible de décoller me satisfait.

Il est 12h30, il fait grand beau et la météo doit rester stable. J’ai tout mon temps. Il fait chaud et il n’y a pas un nuage, l’idéal pour une séance de bronzage avec vue panoramique. Mais une crise de paranoïa m’atteint, la peur que ces conditions idéales ne durent pas. À peine arrivé au point culminant mes yeux cherchent frénétiquement le meilleur endroit pour étaler ma voile. Je connais déjà la vue alors je ne vais pas perdre de temps. Les deux ou trois cordées qui étaient présentes ont dû se demander pour j’avais l’air si pressé.

Il ne me faut que quelques minutes pour être prêt à décoller.

Vol et ski au mont blanc avec descente en parapente du sommet. Vol au dessus du mont maudit
Le vol rêvé

Mes skis quittent le sol. C’est mon premier vol en parapente depuis le sommet du Mont-Blanc. Sensation étrange. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu ce moment. J’ai tellement rêvé de cet instant que je connais par cœur la trajectoire que je vais suivre. Direction le Mont Maudit et passage du col du même nom. De l’autre côté, les parapentistes croisés dans la benne sont en train de monter. Un tour à 360° pour profiter de la vue. Puis direction le Tacul. Je zigzague autour de l’épaule qui descend par l’Aiguille de Saussure. Je passe juste au-dessus des crevasses et séracs où il n’y a aucune trace de présence humaine. Pas d’empreintes. Ces zones ne sont accessibles autrement qu’en vol.

La suite du vol est un grand plané devant les Aiguilles de Chamonix.

J’atterris au bois du Bouchet après 40min de vol. Une glissade en skis dans l’herbe et la terre. Il fait très chaud. Je suis en doudoune. Le contraste est brutal. Pourtant je ne bouge pas. Je regarde les sommets que je viens de survoler. Ils apparaissent comme un monde lointain que je viens de quitter en l’espace de quelques minutes. Un saut spatio-temporel réalisé avec mon parapente. Planté là sur mes skis, dans la chaleur, avec un accoutrement qui ne semble pas être de saison, seul mon sourire niais, resté bloqué sur mon visage, me confirme que ce n’étais pas un rêve.

Réaliser ce combo parapente au Mont Blanc

Vol et ski au mont blanc avec descente en parapente du sommet. carte de l'itinéraire

La carte du parcours. En vert les parties volées et en rose la partie à pied ou en skis.

Le parcours est glaciaire. On passe au-dessus de crevasses et rimayes recouvertes de ponts de neige plus ou moins fragiles selon la saison. Partir à deux, encordés, est une bonne option!

Le plus difficile est d’avoir deux conditions réunies :

  • Un vent météo faible en altitude, orienté nord
  • L’arête N du Dôme en neige, sans glace

Il est possible de réaliser l’itinéraire lorsqu’il y a de la glace sur l’arête. Il faut alors emporter plus de matériel (piolets, broche …). Le sac est vite plus lourd.

Si on ne peut pas décoller du sommet à cause du vent, il reste encore deux chances : au Dôme du goûter ou encore plus bas, au refuge des Grands Mulets.

Bons Vols !

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photographie de paysage de montagne dans le massif du mont blanc. Les drus et l'aiguille verte au couchant
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